Commentaires soumis à la commission d’examen du Conseil national du logement
En juin 2026, la Marche des dix sous du Canada (MDSC) a formulé des commentaires dans le cadre d’un processus ouvert de consultation qui a été lancé par le Conseil national du logement (à la demande de la défenseure fédérale du logement) sur le manque de logements accessibles au Canada.
Nous avons fait part des idées et des recommandations suivantes, qui sont fondées sur notre expertise dans l’offre de services d’accessibilité, de services de préposés aux soins et de formations sur la défense des droits aux personnes en situation de handicap à l’échelle du Canada. Notre expertise est fortement guidée par l’expérience vécue de nos usagers.
Résumé de nos commentaires en langage clair
La Marche des dix sous du Canada (MDSC) réclame un système de logement dans lequel les personnes en situation de handicap peuvent facilement trouver des logements à la fois abordables et accessibles, et qui offrent les services de soutien dont elles ont besoin pour vivre de manière autonome.
En ce moment, beaucoup de personnes font face à de graves défis. Les logements accessibles sont rares et souvent trop dispendieux. En outre, ils n’offrent pas les soins et les services nécessaires. Par conséquent, des gens vivent dans des logements dangereux ou inadaptés, souffrent de problèmes de santé ou se retrouvent sans logement. Les longues listes d’attente et les processus compliqués pour faire une demande de logement aggravent la situation.
Ces problèmes touchent davantage certains groupes de personnes que d’autres. Les personnes qui vivent en milieu rural, celles qui font face à de la discrimination, celles qui ne peuvent pas se défendre en raison de troubles cognitifs ou d’un manque de soutien personnel, ainsi que celles qui vivent avec des handicaps moins apparents, ont souvent encore moins de choix. Plusieurs d’entre elles sont contraintes de quitter leur communauté ou de renoncer à leur autonomie.
Ces commentaires soulignent que les lacunes constatées en matière de logement, de soins de santé et de programmes de soutien du revenu sont des problèmes majeurs. Les gouvernements ne travaillent pas efficacement ensemble et les normes d’accessibilité ne sont pas appliquées systématiquement lors de la construction de nouveaux logements.
Pour remédier à ces problèmes, la MDSC recommande de:
- construire plus de logements abordables qui tiennent compte des revenus réels des gens;
- faire de l’accessibilité une norme devant être respectée dans tous les logements neufs (cette norme ne doit pas une considération secondaire);
- veiller à ce que le logement donne accès à des services de santé et de soutien;
- simplifier les processus de demande de logement et améliorer la navigation dans les systèmes;
- protéger les locataires et permettre aux gens de conserver les services de soutien s’ils déménagent;
- inclure les personnes en situation de handicap dans les processus de prise de décision.
De façon générale, ces commentaires indiquent qu’investir dans des logements accessibles améliorera la vie des gens, réduira la pression sur les systèmes de santé et créera des communautés plus inclusives à travers le Canada.
Introduction
La Marche des dix sous du Canada (MDSC) est heureuse de présenter les présents commentaires à la commission d’examen du Conseil national du logement sur le logement accessible au Canada. Notre organisme est un chef de file, un allié et un fournisseur de services de confiance d’envergure nationale qui soutient les personnes en situation de handicap, les familles, les aidants et les communautés. À ce titre, il apporte une expérience de première ligne et une compréhension systémique de l’urgence de donner accès à des logements accessibles, abordables et inclusifs à l’échelle du pays. La MDSC accueille favorablement la possibilité de formuler des recommandations qui contribueront à promouvoir un système de logement plus équitable et sans obstacle pour les personnes en situation de handicap au Canada.
Lors de la préparation des présents commentaires, la MDSC a communiqué avec les personnes et les communautés qu’elle soutient, et son réseau élargi de parties prenantes afin de connaître leurs priorités ainsi que leurs expériences vécues présentes et passées.
La vision de la MSDC en matière de logement accessible
La vision de la MDSC en matière de logement accessible au Canada est que toute personne ayant besoin d’un logement et de soins accessibles et abordables doit pouvoir les obtenir sans avoir à subir de longues listes d’attente, sans voir sa santé décliner et sans difficulté inutile. Essentiellement, cela signifie qu’il faut s’assurer que l’abordabilité est un facteur vraiment important. Le prix des logements doit correspondre à ce que les personnes bénéficiant d’un programme de soutien du revenu peuvent réellement payer, comme les logements à loyer indexé sur le revenu (LIR), afin que nul ne soit obligé de choisir entre un logement et d’autres besoins de base.
Un pilier clé de cette vision est l’accès en temps voulu aux soutiens appropriés. Toute personne en situation de handicap qui a besoin d’une aide à la vie autonome ou d’un logement avec services de soutien, que ce soit temporairement ou tout au long de sa vie, devrait pouvoir accéder à ces services lorsqu’elle en a besoin. Le logement et les soins doivent être réactifs et souples, reconnaissant ainsi que les besoins peuvent évoluer à différentes étapes de la vie.
La façon dont nous concevons et construisons des logements est tout aussi importante. Le Canada devrait adopter les principes de conception universelle comme norme de construction afin de s’assurer que tout nouveau logement pourra être adapté aux besoins d’occupants dont les capacités, l’âge et la situation pourraient varier. Le Canada a déjà élaboré la norme CAN-ASC-2.8:2025 – Logements prêts à l’accessibilité. L’élaboration de cette norme a été profondément influencée par l’expérience vécue de personnes en situation de handicap. Cette norme, qui est basée sur les principes de conception universelle, devrait être adoptée à l’échelle nationale en harmonisant les différents codes du bâtiment (national, provinciaux et territoriaux). L’accessibilité de doit pas être une considération de dernière minute ou un ajout ultérieur lors de rénovations. La notion d’accessibilité doit être intégrée dans toutes les nouvelles constructions, dès le départ. En tenant compte tôt de la diversité des besoins, nous créons une gamme d’habitations qui sont inclusives, adaptables et prêtes pour l’avenir.
Cette approche contribuerait à rendre les communautés plus fortes et inclusives en permettant aux personnes de vivre de façon autonome, quelles que soient leurs capacités, et de participer pleinement à la vie en société. Elle permettrait aussi d’élargir et de diversifier le parc de logements du Canada, le rendant plus souple et mieux adapté à l’évolution des besoins en matière de démographie et d’accessibilité.
En fin de compte, investir dans les logements accessibles n’est pas seulement la bonne chose à faire. C’est aussi une solution pratique pour l’ensemble du système. Elle améliore la qualité de vie, réduit la pression sur les soins de santé et les services sociaux, et crée des communautés plus durables pour tous.
Comment le manque de logements accessibles affecte les personnes en situation de handicap au Canada
Le manque de logements accessibles et abordables a une incidence importante et profondément personnelle sur les personnes que nous soutenons, nos communautés et l’ensemble de nos systèmes de soins.
Beaucoup de personnes sont forcées de vivre dans des conditions inadéquates ou dangereuses, car elles ne peuvent pas accéder pleinement aux parties essentielles de leur maison, comme les salles de bain ou les cuisines. Cela affecte directement leur santé et leur dignité. Par exemple, l’absence d’une douche accessible peut obliger une personne à être lavée dans son lit au moyen d’un gant de toilette, ce qui représente un niveau de soins inférieur à ce dont elle a besoin et ce qu’elle mérite. De telles circonstances contribuent souvent à l’aggravation des problèmes de santé et à une diminution de la qualité de vie.
Souvent, même lorsqu’un logement accessible est disponible, les services de soutien requis, comme les services de préposés aux soins pour faciliter les activités de la vie quotidienne, ne sont pas offerts. En raison de ce manque évident de coordination entre les systèmes de logement et de santé, des gens tombent entre les mailles du filet. Les longues listes d’attente aggravent ce problème en créant une incertitude prolongée et un stress psychologique, tandis que les gens continuent d’habiter dans un logement inadéquat ou voient leur état de santé empirer soudainement avant de recevoir des soins.
L’instabilité liée au logement est une autre préoccupation majeure. Les personnes qui obtiennent un logement accessible et abordable vivent souvent dans la crainte de le perdre à cause des évictions, de la hausse des prix ou de la vente des immeubles. D’autres sont forcés de vivre dans des conditions précaires ou dangereuses, par exemple en étant contraints de partager un logement pour des raisons financières et en ayant peu de choix en ce qui a trait aux colocataires. Cela contribue à augmenter le risque d’exploitation, notamment l’exploitation financière, et à compromettre leur indépendance. Beaucoup de personnes se retrouvent aussi en situation d’itinérance, que celle-ci soit visible (dans la rue) ou invisible (p. ex., dormir de sofa en sofa ou dépendre d’arrangements temporaires).
Le fardeau financier découlant de la rénovation d’habitations pour répondre aux besoins d’accessibilité est également important. Les coûts de rénovation dépassent souvent le coût de construction de logements neufs conçus dès le départ pour être accessibles. En même temps, les personnes qui tentent d’obtenir des services de soutien doivent tenter de s’y retrouver dans des systèmes de financement complexes, qui varient grandement d’un territoire administratif à un autre.
Ces défis se reflètent dans les expériences vécues présentes et passées. Les membres de notre Réseau de défense des personnes en situation de handicap nous ont fait part d’expériences d’itinérance découlant de mesures de soutien du revenu inadéquates, ainsi que de difficultés prolongées à trouver un logement convenable. Même lorsque la personne trouve un logement, celui-ci n’est souvent ni vraiment abordable ni vraiment accessible.
De façon générale, le manque de logements accessibles et abordables entraîne une perte d’indépendance, une détérioration de l’état de santé, une augmentation de la pauvreté et de l’itinérance, ainsi qu’une participation réduite à la vie communautaire. Le manque de logements oblige aussi les systèmes à fonctionner de manière réactive, en investissant davantage dans les soins de santé, les refuges et les interventions en situation de crise, plutôt qu’en investissant de manière proactive dans des solutions fondées sur les logements inclusifs qui permettent d’éviter ces situations.
Le recoupement des facteurs identitaires et géographiques a un impact négatif
Le manque de logements accessibles affecte différents groupes de manière distincte et ces effets sont souvent cumulatifs.
Les gens vivant dans des communautés rurales et éloignées font face à des défis particulièrement importants. En région, il y a moins d’options en ce qui a trait aux logements accessibles. Il y a aussi moins de coordination des services de santé et des services sociaux. Par conséquent, les personnes qui ont besoin d’un logement avec services de soutien n’ont souvent d’autre choix que de s’inscrire sur des listes d’attente dans les grands centres urbains. Cela peut les forcer à quitter leur communauté, leur famille et leurs réseaux de soutien, augmentant ainsi leur isolement et perturbant la continuité des soins. Dans certains cas, des individus sont contraints d’habiter dans des milieux institutionnels simplement parce qu’un logement adéquat n’est pas disponible dans leur communauté d’origine.
La géographie influence aussi l’adéquation des services : les logements accessibles peuvent être situés loin des services essentiels, mais de nombreuses personnes en situation de handicap doivent vivre dans des zones urbaines centrales pour avoir accès à des soins de santé, à du transport et à des services de soutien communautaire. Les options de transport limitées dans les communautés plus petites ou rurales aggravent encore ces obstacles.
Les personnes ayant des handicaps non visibles peuvent aussi être négligées. Bien qu’elles n’aient pas besoin de caractéristiques d’accessibilité physique comme un accès pour les fauteuils roulants, elles peuvent tout de même avoir besoin d’un logement très abordable en raison d’obstacles nuisant à l’obtention d’un emploi ou d’un état de santé fluctuant. Leurs besoins ne sont souvent pas suffisamment reconnus ou jugés prioritaires dans les modèles actuels de gestion des logements. Les personnes qui ne peuvent pas faire valoir leurs droits en raison de troubles cognitifs ou d’un manque de soutien personnel peuvent également être exclues sur le plan de l’accès à un logement adéquat.
La discrimination systémique aggrave encore ces problèmes. Les personnes racialisées, les nouveaux arrivants et les familles avec enfants font face à des obstacles supplémentaires lorsqu’ils cherchent un logement, tandis que les personnes en situation de handicap subissent souvent de la discrimination tant pour obtenir que pour conserver un logement locatif. Certains individus font aussi face à des formes particulières d’exclusion. Par exemple, ceux qui ont besoin de cannabis médical pour vivre avec une douleur chronique peuvent se heurter à des restrictions dans les bâtiments où il est interdit de fumer, ce qui limite leurs options au chapitre du logement.
En général, le recoupement de ces facteurs signifie que certains groupes de personnes, en particulier ceux qui vivent en milieu rural, ceux qui font face à de la discrimination et ceux qui ont des besoins divers ou moins visibles, sont touchés de façon disproportionnée et particulièrement sévère par la pénurie de logements accessibles et abordables.
Répercussions plus larges du manque de logements accessibles sur la société
Le manque de logements accessibles et abordables a des répercussions considérables sur la société et celles-ci vont bien au-delà du logement lui-même. Lorsque les gens n’ont pas accès en temps voulu à un logement et des services de soutien convenables, leur santé et leur bien-être diminuent souvent. Beaucoup se retrouvent alors en situation de crise et doivent faire appel à des services de santé d’urgence, vivent des épisodes d’itinérance ou, dans les cas les plus graves, meurent prématurément. L’accès à un logement adéquat est un déterminant social clé en matière de santé et, sans lui, la santé physique et mentale se détériore considérablement.
Le logement est un besoin fondamental dont dépend la participation d’une personne à tous les aspects de la vie quotidienne. Sans logement stable et adéquat, il est extrêmement difficile pour les individus de poursuivre des études, de conserver un emploi ou de s’engager dans leur communauté. Dans cette optique, le logement agit comme une porte d’entrée vers une inclusion sociale et économique plus large. Lorsqu’elle est insuffisante, l’exclusion s’aggrave.
Les répercussions se font aussi sentir dans d’autres systèmes, comme le transport et la planification communautaire. Par exemple, dans les régions où les personnes en situation de handicap sont plus susceptibles de vivre en milieu rural, les options de transport accessibles limitées peuvent isoler encore plus les individus, surtout lorsque les logements ne sont pas situés près des services. Même lorsque de nouvelles options de transport en commun sont offertes, elles ne sont pas toujours conçues pour répondre aux besoins des populations en régions rurales ou éloignées.
La disponibilité limitée des logements oblige aussi les gens à vivre dans des endroits où ils ne choisiraient pas de vivre habituellement parce qu’ils sont souvent situés loin de leurs réseaux de soutien, de leurs services ou de leur lieu de travail. Cela peut affaiblir les liens sociaux, accroître l’isolement et obliger les individus à ne plus accorder la priorité à certains aspects importants de leur vie, y compris l’engagement communautaire et les relations interpersonnelles.
Enfin, la répercussion la plus importante du manque de logements accessibles est la création d’un cycle qui réduit la qualité de vie, qui augmente la pression sur les systèmes de santé et de services sociaux, et des occasions manquées de participation économique et communautaire inclusive. Les investissements dans le logement accessible et abordable ne sont donc pas seulement une question de logement : ils sont essentiels pour bâtir des communautés plus saines, plus inclusives et plus résilientes.
Lacunes systémiques et besoin de coordination entre les instances gouvernementales
Les progrès réalisés au Canada en ce qui a trait au droit au logement des personnes en situation de handicap continuent d’être limités par des lacunes systémiques et des interventions gouvernementales fragmentées, lesquelles sont incompatibles avec les obligations du gouvernement en vertu de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), en particulier l’article 19 (Autonomie de vie et inclusion dans la société) et l’article 28 (Niveau de vie adéquat et protection sociale).
L’un des principaux obstacles est le manque de coordination entre les systèmes fédéraux, provinciaux, territoriaux et municipaux. Bien que les investissements fédéraux visent à augmenter l’offre de logements, ils ne sont pas toujours harmonisés avec les responsabilités provinciales en matière de santé et de services sociaux. Par conséquent, on construit souvent des logements accessibles et abordables, sans offrir les soins nécessaires pour les rendre habitables. Ce décalage nuit à l’application de l’article 19, car les personnes ne peuvent pas vivre de façon autonome malgré l’existence de logements adéquats. Beaucoup restent hospitalisés en tant que patients demandant un autre niveau de soins (ANS) ou sont placés en établissements de soins de longue durée en raison du manque d’options au sein de la communauté. Les résultats obtenus sont plus coûteux et disparates, et ne concordent pas avec une approche fondée sur les droits.
L’abordabilité des logements demeure un problème critique. Étant donné que, dans l’ensemble du Canada, les programmes de soutien du revenu destinés aux personnes en situation de handicap fournissent des revenus qui sont bien inférieurs au seuil de la pauvreté, plusieurs logements dits « abordables » resteraient inaccessibles financièrement aux occupants sans le recours constant à des programmes de logements à loyer indexé sur le revenu (LIR). L’utilisation de définitions différentes du terme « abordabilité » d’un programme à un autre (par exemple, un loyer indexé sur le revenu versus un loyer inférieur aux prix du marché) aggrave encore les inégalités, ce qui signifie que les gens peuvent faire face à des coûts plus élevés simplement en fonction du programme rattaché à leur logement. Les ménages qui ont des sources de revenus complexes ou multiples, et les personnes qui doivent assumer des dépenses élevées en raison d’une incapacité, comme les médicaments, ne répondent pas aux critères d’admissibilité rigides des programmes, ce qui limite leur accès à des logements, même ceux qui sont subventionnés.
La fragmentation des politiques contribue à l’inefficacité et à l’iniquité. Le logement, la santé, les normes d’accessibilité et les programmes de soutien du revenu fonctionnent comme un ensemble disparate de programmes qui ne sont pas efficacement reliés. L’application des normes d’accessibilité (CSA ou ASC) est souvent soumise au bon vouloir des gens ou faite de façon incohérente, et la coordination entre les codes du bâtiment nationaux, provinciaux, territoriaux et municipaux est limitée. Une grande partie du parc immobilier existant ne satisfait pas aux normes d’accessibilité, tandis que les nouvelles constructions n’intègrent pas systématiquement les principes de conception universelle. Souvent, les politiques de logement accessible ne tiennent pas compte des besoins variés des ménages, comme le besoin pour des édifices multilogements adaptés aux familles, y compris les familles de nouveaux occupants dont certains membres utilisent des dispositifs d’aide à la mobilité. Cela entraîne la construction d’un trop grand nombre de studios et de logements d’une chambre accessibles.
D’importants obstacles administratifs et systémiques limitent également l’accès au logement. Les systèmes sont souvent compliqués et utilisent beaucoup de documents papier, ce qui oblige la clientèle à naviguer dans des processus de demande complexes et redondants, de longues listes d’attente et des critères d’admissibilité intrusifs. Beaucoup de formulaires de demande sont principalement offerts en ligne, ce qui crée des obstacles pour les personnes sans accès fiable à la technologie. Comme les programmes de logement sont souvent administrés par des municipalités, il existe d’importantes variations régionales. Les personnes qui déménagent doivent refaire une demande et se familiariser avec des systèmes entièrement nouveaux. Des programmes comme ceux qui offrent du financement pour l’adaptation de logements ne sont pas toujours disponibles dans tous les territoires administratifs, ce qui contribue davantage à l’iniquité ressentie.
Les personnes en situation de handicap font également face à de la discrimination sur le marché immobilier. Les propriétaires peuvent refuser des candidats en raison de leurs sources de revenus, y compris les prestations d’invalidité. Certaines politiques et règles de programme excluent involontairement des personnes. Par exemple, certains territoires administratifs limitent de façon stricte la quantité de soins de soutien pouvant être fournis et cela peut empêcher des personnes d’avoir accès à des programmes d’aide à la vie autonome, à moins que ces dernières ne paient pour obtenir des services supplémentaires d’un fournisseur du secteur privé. L’accès au logement dépend alors de la capacité à payer de la personne plutôt que de ses besoins.
La conception des programmes peut restreindre encore plus la mobilité et le choix. Dans certains cas, les subventions sont rattachées aux logements plutôt qu’aux individus. Cela empêche donc les occupants de déménager, car ils risquent de perdre la subvention qui rend leur logement abordable. Les mesures de soutien temporaires ou ponctuelles compromettent la stabilité à long terme. De même, le manque de financement alloué aux organismes de surveillance et d’application de la loi, comme les tribunaux administratifs du logement, rend les personnes vulnérables à des rénovictions et à la perte des logements accessibles et abordables sur lesquels ils comptent.
Il faut noter que ces lacunes sont aggravées par le fait que l’on néglige d’inclure des personnes ayant une expérience vécue présente et passée du handicap dans le processus de conception des politiques et des programmes. Sans leur leadership, les systèmes risquent de continuer à créer des obstacles plutôt que de les éliminer.
Actions et solutions
Au Canada, pour réaliser des progrès significatifs en ce qui a trait au droit au logement accessible des personnes en situation de handicap, nous devons adopter une approche concertée et fondée sur les droits de la personne, laquelle doit être menée par le gouvernement fédéral en partenariat avec les provinces, les territoires, les municipalités et les collectivités. Ces efforts doivent aussi être harmonisés avec les engagements pris par le Canada en vertu de la CDPH et mettre l’accent sur des solutions intégrées et centrées sur la personne.
En ce qui a trait aux systèmes, les gouvernements doivent mieux harmoniser le financement alloué au logement, à la santé et aux services sociaux afin de s’assurer que les logements accessibles offrent les services de soutien nécessaires à la vie autonome (article 19 de la CDPH). Les investissements faits pour augmenter l’offre de logements doivent favoriser une véritable abordabilité, notamment au moyen de logements à loyer indexé sur le revenu (LIR), afin que les personnes en situation de handicap (dont plusieurs dépendent de programmes de soutien du revenu inadéquats) puissent réellement accéder à un logement et le conserver à long terme (article 28). Le renforcement des programmes de soutien du revenu est essentiel pour combler cet écart structurel en matière d’abordabilité.
Une autre priorité essentielle consiste à augmenter le taux d’application de normes d’accessibilité obligatoires et uniformes partout au Canada. L’intégration des principes de conception universelle dans les codes du bâtiment fédéraux et provinciaux permettrait de garantir que tous les nouveaux logements soient adaptables, inclusifs et utilisables tout au long de leur cycle de vie, éliminant ainsi le besoin pour des rénovations coûteuses et faisant de l’accessibilité la norme plutôt que l’exception. Des initiatives comme Maisons Canada devraient exiger le respect de ces normes et mettre en œuvre des mécanismes d’application rigoureux. Simultanément, on contribuera à atténuer les limitations imposées par le parc de logements existant en augmentant le financement destiné aux adaptations de logements et en assurant un accès uniforme à ces mesures dans l’ensemble des territoires administratifs.
Les gouvernements devraient également tirer parti de l’innovation dans le secteur de la construction, notamment en utilisant les méthodes de construction d’éléments préfabriqués et modulaires, et d’autres approches modernes afin d’accroître rapidement l’offre de logements accessibles conçus dès le départ selon les principes de conception universelle. Soutenir les constructeurs, les architectes et les entrepreneurs au moyen de formations et d’incitatifs permettra de développer une expertise dans ce secteur d’activité et de réduire les coûts, de sorte que l’accessibilité ne sera plus considérée comme un créneau spécialisé ou une exigence excessivement coûteuse.
Il est tout aussi important de veiller à ce que les logements accessibles soient intégrés aux collectivités. L’établissement de cibles à atteindre, comme un pourcentage minimal de logements accessibles dans chaque quartier, favoriserait le libre choix, l’inclusion et l’accès aux services, tout en permettant aux fournisseurs de services d’exercer leurs activités plus efficacement dans différentes zones géographiques. Les logements accessibles doivent également répondre à la diversité des besoins des ménages, notamment en proposant des logements plus grands qui sont adaptés aux familles.
Pour lutter contre la fragmentation persistante des politiques, les gouvernements doivent mettre en place des mécanismes de planification coordonnés à tous les niveaux et dans tous les secteurs : une approche « recenser et planifier » qui prend en compte l’ensemble des besoins en matière de logement, de soins de santé et de services sociaux. Cela inclut des investissements soutenus dans les logements avec services de soutien et les services d’aide à la vie autonome, y compris un financement des activités à long terme pour garantir la viabilité de ces modèles.
Les systèmes doivent également devenir plus faciles à naviguer. La simplification et l’uniformisation des processus de demande, la réduction du fardeau administratif et l’offre d’options d’accès non numériques sont essentielles pour garantir un accès équitable. La mise en place d’un point d’entrée unique et concerté, ou d’un service d’accompagnement à la navigation, qui serait éventuellement soutenu par des professionnels comme des ergothérapeutes, aiderait les personnes à accéder plus efficacement à des logements, à des services de soutien et à des services d’adaptation de logement.
Les réformes apportées aux politiques publiques devraient également faciliter la portabilité des prestations afin de permettre aux gens de déménager sans perdre les mesures d’aide financière ou de soutien dont elles ont besoin. Les réformes devraient aussi renforcer les protections dont bénéficient les locataires ainsique les mécanismes d’application des lois afin d’assurer une plus grande stabilité en matière de logement. Pour lutter contre la discrimination sur le marché locatif et assurer la disponibilité de logements accessibles (empêcher leur conversion lorsqu’ils ne sont pas occupés), il faudrait adopter des mesures législatives et réglementaires ciblées, notamment pour garantir que ces logements demeurent véritablement abordables.
En outre, tout progrès significatif dépend de l’intégration du savoir tiré des expériences vécues dans les processus décisionnels. Les personnes en situation de handicap doivent participer activement à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques et des programmes de logement afin de garantir que ceux-ci reflètent les besoins réels et les réalités vécues par les gens.
Finalement, faire progresser les enjeux liés aux logements accessibles au Canada exige des interventions soutenues et coordonnées dans l’ensemble de ces secteurs. En concertant leurs interventions au niveau des politiques publiques, du financement et de la conception, et en fondant leurs décisions sur les droits de la personne et les expériences vécues, les gouvernements et les collectivités peuvent créer un système de logement plus inclusif qui permettra aux personnes en situation de handicap de vivre de façon autonome, de participer pleinement à la vie de leur communauté et de s’y épanouir.
Autres rapports et propositions
À propos de la Marche des dix sous du Canada
La Marche des dix sous du Canada (MDSC) est un organisme de bienfaisance national de premier plan qui s’est engagé à placer l’équité avant tout, à accroître l’autonomie et à créer de véritables changements qui aideront les personnes en situation de handicap à profiter des richesses que la vie leur offre.
En collaboration avec nos partenaires, nous soutenons les personnes en situation de handicap, nous les aidons à établir des relations et nous leur donnons les moyens de participer pleinement à la vie de leur communauté, comme elles l’entendent. Notre travail permet de faire entendre les voix des personnes que nous soutenons grâce aux services que nous fournissons avec succès depuis plus de 75 ans.
Nous avons prouvé à maintes reprises notre engagement à répondre aux besoins des personnes en situation de handicap. Mise sur pied lors de l’une des plus graves crises de santé publique du 20e siècle, notre organisation sait que les objectifs qui semblent impossibles peuvent être atteints et que les obstacles peuvent être éliminés. Dans les années 1950, la MDSC a contribué à financer la mise au point d’un vaccin contre la poliomyélite. Maintenant, nous travaillons à créer des communautés au sein desquelles les personnes en situation de handicap peuvent vivre et s’épanouir partout au Canada.
Nous sommes fiers de soutenir les personnes en situation de handicap à l’échelle du Canada, de leurs premières années de vie jusqu’aux dernières. Nos services s’adressent non seulement aux individus, mais aussi aux membres des familles qui sont touchés par le handicap de différentes manières. Leurs expériences collectives jouent un rôle crucial dans la façon dont nous assumons notre rôle de fournisseur de services, de ressource et de défenseur des droits. Nos activités se concentrent dans quatre domaines:
- Le meilleur début pour les enfants, les jeunes et les familles
- L’indépendance au domicile et dans la communauté
- Une vie active, saine et fondée sur les relations
- La sécurité financière
Voilà les choses dont les personnes en situation de handicap affirment avoir besoin, ce qu’elles souhaitent obtenir, ce qu’elles attendent de la vie.
Nos employés et nos bénévoles sont des alliés, des sympathisants et des défenseurs qui se sont engagés à faire une différence dans la vie des personnes en situation de handicap. Guidés par notre communauté et travaillant en collaboration avec nos donateurs et nos partenaires, nous fournissons les outils et le soutien dont nos usagers ont besoin pour vivre de manière autonome, améliorer leur santé et leur bien-être, et s’épanouir dans tout ce qu’ils aspirent à réaliser.